Entrevue avec Benjamin Lafaille
LAUGH BY LAFAILLE

Dans le cadre de mon initiative ayant pour but de faire découvrir la diversité de marques locales, je vous présente aujourd’hui l’univers de Laugh by Lafaille, le nouveau projet du designer qui cible le surcyclage.

Laugh by Lafaille par Benjamin Lafaille, fondateur et designer.

Par : Andrew McNally

English below.

Comment est née votre marque ? J’ai fondé mon entreprise en 2014 sous le nom de “Lafaille”, mais après avoir présenté plusieurs collections et m’être posé une série de remises en question, j’ai décidé de mettre en pause ce projet et d’expérimenter avec un nouveau projet se nommant “Laugh by Lafaille”. Cette nouvelle phase m’a permis d’explorer une nouvelle ligne directrice par laquelle je pouvais explorer sans nécessairement savoir vers où je m’en allais.

C’était un moment opportun pour moi qui m’a permis de travailler sur mon processus créatif afin de créer ma propre identité et d’amasser le plus d’informations possible dans le but d’être de plus en plus conscientisé. C’est aussi à ce moment que j’ai commencé à imaginer des morceaux surcyclés, dans le but d’offrir des vêtements avec une empreinte écologique moindre.

Comment décririez-vous votre marque ? “Re-process” (retravaillé), déconstruction et polyvalence.

Parlez-moi de votre processus créatif ? Mon processus créatif est souvent divisé sous plusieurs étapes. Premièrement, je commence par prendre en compte ce qui a été réalisé lors des dernières collections et j’essaie de faire évoluer mon travail. Ensuite, je prends en considération les choses qui m’inspirent à ce moment précis et j’essaie de pousser ces concepts à un autre niveau. Ainsi, il est primordial de prendre en compte les restrictions qui découlent du “upcycled fashion”. Ça fait seulement un an qu’on a ouvert nos ventes en gros. On essaie donc encore de trouver des méthodes efficaces dans le but de satisfaire les demandes des acheteurs.

Les designers qui font des vêtements de type surcyclés sont dans une position particulière puisqu’ils doivent répondre aux exigences des magasins tout en confectionnant des vêtements avec des tissus recyclés. En effet, les acheteurs sont souvent réticent face à l’idée de travailler avec des entreprises qui proposent des vêtements surcyclés, principalement dû à la non-régularité des grandeurs, des couleurs et de la qualité.

Travailler avec des matières recyclées pousse le créateur à reconsidérer le concept de moulage. Au lieu de travailler avec des matériaux qui présentent les mêmes caractéristiques (même dimensions et sans défaut), on peut examiner les petits détails qui existent déjà dans le tissu et les mettre en valeur. Les détails sont ce qui me permet d’apporter une nouvelle perspective et une deuxième vie aux vêtements.

Qu’est-ce qui a inspiré votre nouvelle collection ? Une collection 100% surcyclée repose sur les matières et la construction plutôt que d’être inspiré par une thématique précise. Pour cette collection-ci, l’inspiration se caractérise principalement par certains matériaux tels que le parachute d’armée et la courtepointe.

“MES INFLUENCES SE CARACTÉRISENT MAJORITAIREMENT PAR LES ACTIONS DE L’ÊTRE HUMAIN.”

Quelles sont vos influences du moment ? Mes influences se caractérisent majoritairement par les actions de l’être humain et les répercussions sur notre environnement. Je suis majoritairement influencé par des causes telles que le mouvement LGBTQ+, l’égalité raciale, l’inclusivité et l’état de la planète Terre.

Quelle est la pièce signature de votre marque ? La chemise “Employee of the Month” (employé du mois) est selon moi la pièce qui illustre le mieux l’entreprise. Le concept de déconstruction et de reconstruction du vêtement est grandement présente. De plus, on y retrouve l’aspect polyvalent et jovial par lequel j’offre aux consommateurs de jouer avec le morceau et de le porter de la façon qu’il.elle le désire.

D’un autre côté, la pièce qui caractérise le mieux la direction que « Lafaille » prendra dans le futur est le costume “logomania” qui propose une veste et un pantalon. Cet ensemble est entièrement construit de t-shirts ; sa confection nécessite dix t-shirts qui ont été déconstruits dans le but de créer un ensemble original et raffiné. En décousant les t-shirts, j’ai pu utiliser la matière et reconstruire un nouveau patron avec celle-ci. Ce processus est une façon de montrer que la coupe du costume “logomania” est formelle. Cependant, parce qu’on a utilisé la matière du t-shirt, on obtient un hybride entre le côté formel d’un blazer classique et le côté décontracté d’un t-shirt.

Qui sont la femme et l’homme “Lafaille” ? C’est plus un individu qu’un genre. N’importe qui devrait pouvoir porter n’importe quoi sans avoir à être limité par un genre. Ceci étant dit, la personne « Lafaille » est un individu âgé entre environ 25 et 45 ans qui est conscient et se soucie de diverses causes. Il.elle accorde de l’importance à son style vestimentaire, est ouvert d’esprit et n’a pas peur de sortir de l’ordinaire. Pour lui.elle les vêtements sont plus qu’une nécessité de base, mais bien une façon de s’exprimer.

Quel est votre plus beau souvenir relié à la mode ? Quand j’ai fait mon premier défilé à Toronto et lorsque je croise des gens dans le métro ou dans la rue qui portent mes vêtements ; ça me fait toujours chaud au cœur !

Comment relevez-vous les défis de la COVID ? Plutôt bien, les défis financiers et une lourde charge mentale font partie de la vie d’un entrepreneur. Nous avons aussi déménagé de studio au début de la crise sanitaire, j’ai donc utilisé ce moment pour bien m’installer dans mon nouvel environnement.

Sur une note différente… quel est le livre sur votre table de chevet ? Le magazine “Science et Vie” que je reçois chaque mois.

La chanson que vous écoutez en boucle ? J’écoute beaucoup de musique, je suis incapable de choisir qu’une chanson, alors voici mes préférences du moment : “KLK” par Arca ft. Rosalía, “Gimme Love” par Joji, “24 Hour” par Danny L. Harle remix, “Annihilation” par i_0 & Lights, “Were You Ever Wanted” par Roÿksop avec Lykke Li et “Spill the Milk” par Eartheater.

Une télésérie que nous devrions visionner en rafale ? “Westworld” car j’adore la science-fiction.

Votre recette du moment ? Un faux poulet au beurre fait à base de tofu, un “go to “.

Et un film qui vous inspire ? Là aussi j’en ai plusieurs : “Annihilation” réalisé par Alex Garland, “Enter the Void” réalisé par Gaspar Noé, “Cloud Atlas” réalisé par Lana Wachowski, Lilly Wachowski et Tom Tykwer, et “Prometheus” réalisé par Ridley Scott.

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Laugh by Lafaille by Benjamin Lafaille
FOUNDER AND DESIGNER

As part of my initiative to showcase the diversity of local brands, I invite you to discover Laugh by Lafaille, the designer’s new project which targets upcycling.

What is the story behind your brand? I founded my company in 2014 under the name “Lafaille”, but after presenting several collections and a series of challenges, I decided to put this project on hold and experiment with a new project called “Laugh by Lafaille”. This new phase allowed me to explore a new approach by which I could experiment without necessarily knowing where I was going.

It was then an opportune moment for me to work on my creative process in order to create my own identity and to gather as much information as possible in order to become more and more aware. It was also at this time that I started working with upcycled pieces, with the goal of offering clothing with a smaller ecological footprint.

How would you describe your brand? “Re-processing”, deconstruction and versatility.

What is your creative process? My creative process is often divided into several stages. First, I start by taking into account what has been proposed in the latest collections and try to make my work evolve. Then, I take into consideration the things that inspire me at the moment and try to push those concepts to another level. It’s very important to take into account the challenges that come from “upcycled fashion”. It’s only been a year since we opened our purchases for wholesale. We are still trying to find effective methods to satisfy the demands of buyers.

Designers who make upcycled fashion are in a particular position since they have to meet the stores’ requirements while at the same time making clothes with recycled fabrics. Indeed, buyers are often reluctant to work with companies that offer upcycled garments, mainly due to the non-regularity of sizes, colors and quality.

Working with recycled materials pushes the designer to reconsider the concept of moulding. Instead of working with materials that have the same characteristics (same dimensions and flawless), one can examine the small details that already exist in the fabric and highlight them. Details are what allow me to bring a new perspective and a second life to clothing.

What has inspired your latest collection? A 100% upcycled collection is based on materials and construction rather than being inspired by a specific theme. For this collection, the inspiration is mainly characterized by certain materials such as army parachute and quilt.

What are your influences? My influences are mostly characterized by human actions and the impact on our environment. I am mostly influenced by causes such as the LGBTQ+ movement, racial equality, inclusiveness and the state of planet Earth.

What is your signature piece? The “Employee of the Month” shirt is, in my opinion, the piece that best illustrates the brand. The concept of deconstructing and rebuilding the garment is very much present. In addition, there is the versatile and playful aspect by which I offer consumers the opportunity to wear it the way they want to wear it.

On the other hand, the piece that best characterizes the direction that “Lafaille” will take in the future is the “logomania” suit that offers a jacket and pants. This suit is entirely made of t-shirts; its conception requires ten t-shirts that have been deconstructed in order to create an original and refined set. By deconstructing the t-shirts, I was able to use the material and rebuild a new pattern with it. This process is a way to show that the cut of the “logomania” set is formal. However, because we used the t-shirt material, we get a hybrid between the formal side of a classic blazer and the casual side of a t-shirt.

“ANYONE SHOULD BE ABLE TO WEAR ANYTHING WITHOUT BEING LIMITED BY GENDER. ”

Who is the “Lafaille” woman and man? It is more than a gender. Anyone should be able to wear anything without being limited by gender. That being said, the “Lafaille” client is a person between the ages of about 25 and 45 who is aware and concerned about various causes. He/she values his/her style of dress, is open-minded and is not afraid to be out of the ordinary. He/she is open-minded and is not afraid to be out of the ordinary. For him/her, clothing is more than a basic necessity, it is a way of expressing oneself.

What is your fondest fashion memory? When I did my first fashion show in Toronto and when I see people in the subway or on the street wearing my clothes; it always warms my heart!

How are you coping with COVID? Pretty well, financial challenges and a heavy mental workload are part of being an entrepreneur. We also moved out of the studio at the beginning of the health crisis, so I used this time to settle into my new environment.

On a different note… which book is on your nightstand at the moment? The “Science et Vie” (Science & Life) magazine I get every month.

Which song are you listening to over and over? I listen to a lot of music, I’m unable to choose just one song, so here are my preferences of the moment: “KLK” by Arca ft. Rosalía, “Gimme Love” by Joji, “24 Hour” by Danny L. Harle remix, “Annihilation” by i_0 & Lights, “Were You Ever Wanted” by Roÿksop with Lykke Li and “Spill the Milk” by Eartheater.

Which television series are you binge watching? “Westworld”, I adore sci-fi.

What is your favorite recipe of the moment? A faux butter chicken made with tofu; a go to recipe.

Which movie inspires you? I must mention a few : “Annihilation” directed by Alex Garland, “Enter the Void” directed by Gaspar Noé, “Cloud Atlas” directed by Lana Wachowski, Lilly Wachowski and Tom Tykwer, and “Prometheus” directed by Ridley Scott.

 

Photographe : Samuel Fournier
Styliste : Marianne Dubreuil
Coiffure : Roxanne Selleck
Maquillage : Ashley Diabo
Mannequins : Alexa Rhynd, Sileye Sow et Charlotte Bolduc, chez Faces Mgmt
Assistants : Hamborghini L. et Santiago Cortés

Written on: October 5, 2020