Entrevue avec Lenni-Kim

Chanteur, compositeur et acteur québécois de renommée internationale, Lenni-Kim parle de son nouvel album, de ses nouveaux projets, de la santé mentale et de changement.

—Par Mia Cordeiro

Avant de commencer ta carrière de chanteur, tu étais acteur. Qu’est-ce qui t’as amené dans le domaine de la musique? J’ai toujours vraiment aimé tout ce qui entoure l’univers musical. J’ai grandi dans une famille cinématographique, avant ma mère était chef accessoiriste, maintenant elle a un studio de photo et mon père est concepteur visuel au cinéma. C’est assez rapidement que j’ai commencé à vouloir faire du cinéma et c’est vers 10-11 ans en prenant des cours de chant en parascolaire que j’ai vraiment découvert ma passion pour la musique. Même si je n’ai pas grandi dans une famille musicale, il reste que j’ai toujours été attiré par l’art et la musique. Lorsque j’étais à l’école de chant, j’ai été contacté par « The Voice Kids France » et j’ai eu la chance de faire les auditions et de participer à cette émission. C’est aussi avec « The Voice Kids France » que j’ai pu rencontrer l’équipe avec qui je travaillais à l’époque, avec qui j’ai fait mon premier album.

Comment c’était de partir très jeune en France et de participer à « The Voice Kids France »? C’était bien et amusant, mais pour moi ce n’était pas nécessairement un but de carrière. J’étais allé avec ma mère, on trouvait que c’était une très belle opportunité. On était allé en partie pour faire un beau voyage et ça m’a permis aussi de découvrir où elle a grandi quand elle était plus jeune. C’est rare les gens qui réussissent à faire carrière à cause de téléréalité, alors à l’époque je n’avais pas d’attentes par rapport à percer dans le domaine de la musique, c’était plus pour s’amuser.

En 2020, la sortie de ton single « Bad Buzz » a été très appréciée. Quel était le message et le processus créatif du vidéo? Lors de la création de cette chanson, j’étais dans une phase où je voulais supprimer l’énergie négative des gens autour de moi. Ça s’est fait assez naturellement, j’étais dans le bureau de mon ancien directeur artistique chez Warner Music, puis on parlait de la prochaine chanson qu’on voulait faire et j’avais envie de faire quelque chose de plus reggaeton. J’ai eu l’idée de modifier la mélodie du « Lac des cygnes » et de lui donner un rythme reggaeton avec l’aide de Julio Masidi. Après, on a fait le vidéo-clip à Paris, qu’on a tourné en une journée à deux locations: dans une boîte de nuit près de l’opéra de Paris et en banlieue pour faire quelques scènes à l’extérieur. J’ai coréalisé le clip avec le producteur AndreaLo, on a créé l’histoire ensemble et j’ai participé au montage. Je suis vraiment heureux d’avoir fait « Bad Buzz », mais quand je regarde ça aujourd’hui, j’ai vraiment évolué et dans le prochain album ce sera très différent.

Comment la COVID-19 a-t-elle affecté ta carrière et tes projets? J’étais supposé commencer une tournée de mars à juin 2020 et avec la pandémie j’ai dû reporter l’agenda que j’avais et de tout mettre sur pause. Avec le temps, la tournée a dû être annulée. Tous mes projets ont été annulés et reportés comme la promotion de mon nouveau single, la création de mon deuxième album, etc… Alors je suis revenu à Montréal et comme tout le monde j’ai trouvé ça assez difficile. De mon côté ça m’a permis de remettre mes idées en place, de réévaluer où je voulais aller avec mon nouvel album. Je pense que l’introspection c’est toujours important et nécessaire aussi pour apprendre à mieux se connaître et apprendre à savoir ce que tu veux, ce que tu ne veux pas et qui tu es. Tout ça s’apprend tout au long d’une vie, mais dès qu’on fait ce genre d’exercice ça t’aide dans le futur à savoir où tu veux te diriger. Ces temps-ci, quand je fais beaucoup d’anxiété par rapport à mes projets ou ma vie personnelle, je me recentre. Je navigue à travers ce qui se passe, on peut avoir des plans, mais tout est tout le temps en mouvement et il faut juste apprendre à naviguer à travers ça et de comprendre comment mieux naviguer.

La pandémie m’a permis, en partie, de concrétiser mes idées et d’appliquer cette philosophie. J’ai été assez déprimé, ça été assez difficile et puis dans toute cette solitude et ce silence, je me suis dit que je devais parler de ça dans mon deuxième album. On a supprimé des chansons et on a recommencé. Je savais qu’il fallait que j’aille dans quelque chose de beaucoup plus sincère, de beaucoup plus honnête. J’avais envie de m’ouvrir plus et que ma musique soit beaucoup plus crue et sensible. Je travaille avec Guillaume Marchand et je suis excité parce qu’il y a quelques jours nous avons enregistré des violons et c’est comme un rêve devenu réalité. Avec ce nouvel album je sens que je peux fleurir beaucoup plus artistiquement que je le pouvais avant. En même temps j’ai beaucoup cheminé en tant que jeune adulte et jeune artiste.

Quelles sont tes influences pour le nouvel album? Il y a une artiste française qui m’a beaucoup inspiré, Yseult, surtout pour l’émotion que me donnait ses textes… J’avais découvert son EP « Noir » en novembre 2019 et puis sa musique m’avait tellement touché, m’avait tellement ému que je savais qu’il fallait que j’aille dans une direction comme celle-là. J’avais besoin de faire de la musique qui me faisait ce même effet. Alors j’ai changé ce que j’étais en train de faire et je me suis concentré à faire quelque chose de beaucoup plus personnel et humain comme Yseult. Encore, je m’inspire de Lous and The Yakuza et de son album « Gore ». J’explore les thèmes de déception, de trahison et de peine d’amour. J’ai beaucoup d’influences pour le nouvel album, mais ce sont les deux grandes références pour cet album. Sinon, je m’inspire du groupe de musique Terrenoire et de leur album « Les Forces contraires » c’est un peu plus alternatif et j’aime beaucoup la musique alternative et « underground ». J’ai toujours envie d’aller chercher ce genre d’éléments pour le prochain album et de travailler là-dessus. Il y a plein d’inspiration pour cet album et je suis heureux de voir que ça se concrétise de plus en plus.

Quel est ton processus créatif? La création c’est tellement différent pour tous. Il n’y a pas vraiment de règles, alors ça dépend vraiment de l’ambiance dans laquelle je suis ou une expérience que je viens de vivre va changer la façon que je crée… Ces temps-ci, je me suis fait un genre de studio maison avec mon clavier et mon micro et je compose. La composition est très relative, ça dépend de plein d’éléments. Je peux être inspiré par un accord d’une chanson, un paysage que je vois ou même des phrases dites par mon entourage.  Toutes les mélodies que je fredonne, je les enregistre dans mon téléphone et j’essaie ensuite de concrétiser tout ça avec mon clavier et les instruments que j’ai. En ce moment, mon équipe et moi partons d’un thème et d’un texte et après on ajoute ensuite la mélodie aux paroles. Je suis souvent inspiré en anglais et dans le futur j’aimerais aussi faire des projets anglophones. Pour l’instant, le nouvel album est en français, mais je travaille aussi de mon côté sur d’autres projets pour le futur.

En novembre 2020, la sortie de ton nouveau single « Mélancolie » était annoncée. Que se passe-t-il avec ça? Je pense que j’ai annoncé un peu trop tôt la sortie de cette chanson, c’était probablement dû à l’excitation de ma part, mais il reste encore des choses à confirmer et à ajuster avec la maison de disques. Je ne peux pas trop en parler pour être honnête, mais ce que je peux dire c’est que ça se concrétise beaucoup plus, on a plus de chansons qui sont prêtes sur l’album et le tout s’en vient assez bientôt.

Pour le nouvel album, j’ai une nouvelle équipe et je suis vraiment heureux du déroulement. On travaille sur une nouvelle image artistique et ça va assez changer de ce que je faisais auparavant. Je suis assez sévère sur le fait d’avoir quelque chose qui me reflète beaucoup plus en tant que jeune adulte et jeune artiste. Je vais avoir 20 ans en septembre, ma voix à énormément changé et j’ai envie d’offrir une empreinte vocale qui est la mienne. On s’en va dans un autre univers musical, je travaille avec des compositeurs comme Eddy Pradelles et on explore des sonorités un peu plus pop-urbaines, avec de beaux contrastes. J’évolue par rapport à ce que je faisais avant et même au niveau du texte, je travaille avec une belle équipe qui m’aide à concrétiser mes idées et à bien mettre sur papier ce que je veux exprimer.

Puisque tu es complètement en train de changer de direction, peux-tu décrire ton nouveau son? Le premier album que j’ai fait, je l’ai commencé à 13 ans et l’ai sorti à 16. Quand je réécoute mes chansons je suis heureux, ça me rappelle de beaux souvenirs. Ça reste que c’était du pop, le dernier single aussi « Bad Buzz » c’est de la musique pop. Par contre, en ce moment on change de direction. Ça change artistiquement par rapport à ce que je faisais auparavant. Le nouvel album a quand même des touches de pop, mais c’est plus urbain.

Avec qui aimerais-tu collaborer? Il a plein d’artistes avec qui j’aimerais collaborer. J’aimerais beaucoup travailler avec St. Vincent, Banks, Omar Apollo, Bon Iver, Lolo Zouaï, Kim Petras… Mais pour mon prochain album j’aimerais bien collaborer avec Yseult.

Sur une autre note…Tu es très engagé sur les réseaux sociaux par rapport à la santé mentale. Oui, pour moi ça vient naturellement de parler de sujets comme ça sur les réseaux sociaux parce que je sais que souvent les réseaux sociaux peuvent être assez toxiques et difficiles. Je pense qu’on ne parle pas assez souvent de la santé mentale. Il y a un gros engouement autour de la santé physique, mais il n’y a pas assez d’engouement par rapport à la santé mentale… C’est bon quand tu es bien physiquement, mais c’est difficile de fonctionner quand tu n’es pas bien mentalement. Même chose à l’inverse, tu peux être très bien mentalement, mais mal physiquement. Alors pour moi c’est une chose qui ne va pas sans l’autre. Dans la dernière année je me suis mis à prendre soin de moi mentalement et physiquement et j’ai commencé à en apprécier les vertus, je vais beaucoup mieux. Les quatre et cinq dernières années étaient quand même assez difficiles et je vais d’ailleurs en parler sur mon prochain album. Je suis reconnaissant pour tout ce que j’ai vécu et toutes les expériences acquises, mais il reste que c’est difficile de grandir dans cette industrie.Quand tu es un enfant qui grandit dans ce milieu, tu es forcé à grandir plus rapidement parce que tu grandis dans un milieu d’adultes.

La pandémie aussi n’a pas aidé la santé mentale de beaucoup de gens et j’essaie en gros de rendre le sujet moins tabou et de faire une différence. Je trouve qu’on vit dans un monde assez faux, basé sur l’image et la beauté seulement et ça affecte les gens. J’essaie de créer un environnement sain où les gens se sentent bien. J’aimerais m’impliquer davantage par rapport à la santé mentale.

D’ailleurs, un jour, dans un avenir plus ou moins rapproché, j’aimerais créer une association pour la santé mentale pour briser les tabous. Je ne veux pas parler pour tout le monde, mais je pense qu’aujourd’hui beaucoup de gens vont garder leurs sentiments pour eux et montrer seulement le positif. Avant j’étais comme ça, je gardais mes choses pour moi et au final ça ne faisait que me nuire plus que de m’aider. Ça me causait plus d’anxiété et ça me rendait plus triste et malheureux. C’est quand je me suis mis à m’ouvrir et à parler qu’un poids s’est levé de mes épaules.

Les crédits

Photographe : Xavier Cyr @xaviercyr

Coiffeur : Francis Lafontaine @francis_lafontaine

Vêtements : Carte Blanche @carteblancheshop

Written on: February 21, 2021