Cet emblème de la Russie impériale est l’un des symboles magnifiant la dernière collection de haute joaillerie de Chanel. Dans les années 1920, au lendemain de la révolution bolchévique, l’influence russe souffle sur la capitale française et atteint Gabrielle Chanel, qui développe une véritable passion amoureuse pour le grand-duc Dimitri Pavlovitch exilé à Paris. Cette ferveur lui ouvre les portes d’un imaginaire qui influencera peu à peu les codes de la maison.

Par Stéphane Le Duc

Bague Aigle Cambon.

L’univers de Gabrielle, la femme, est une source d’inspiration intarissable pour les artisans de la maison. Le Paris russe de Chanel s’éloigne des célèbres cabochons pour puiser directement de la splendeur de l’aristocratie tsariste, de son folklore coloré et des célèbres Ballets russes qui ont fait vibrer Paris par leur audace et leur modernité.

Une grande amitié est née de cette rencontre entre les artistes russes et Coco, qui se lie aussi intimement avec le fondateur des Ballets russes Serge de Diaghilev, les danseurs Léonide Massine et Serge Lifar, l’écrivain Boris Kochno et le compositeur Igor Stravinski. Éperdument amoureux de Coco, qui devient sa protectrice, ce dernier exprime sa fascination dans un poème qui lui est dédié.

Aujourd’hui, sous l’égide de Patrice Leguéreau, directeur du studio de création joaillerie depuis une décennie, l’atelier du 18, place Vendôme se surpasse avec cette collection de 63 pièces. Ces créations uniques mettent en valeur le talent exceptionnel des artisans, qui atteint encore une fois des sommets de perfection. S’inspirant des objets russes de l’appartement de Coco, l’aigle bicéphale se retrouve inclus, pour la première fois, dans cet univers où s’unissent le blé et le camélia. Il exprime symboliquement le souvenir d’une monarchie triomphante, et la richesse de l’art traditionnel du fil se traduit avec finesse dans des broderies byzantines en or blanc, perles et diamants.

Boucle d’oreilles Blé Gabrielle et bague Sarafane.

En référence au folklore et à l’opulence chromatique des Ballets russes, la couleur anime cette collection. L’audace du Sacre du printemps y résonne. Les boucles d’oreilles réinterprètent les motifs et les couleurs des broderies russes traditionnelles. Laquées de rouge vif, la couleur préférée de Gabrielle Chanel, elles sont ponctuées de grenats orange, et de tsavorites, de saphirs bleus et roses, de diamants et de perles.

Les bijoux de tête rappellent les kokochniks, ces coiffures traditionnelles russes portées avec la robe droite sans manche appelée sarafane. Dans la collection éponyme garnie de diamants et de perles, on retrouve le motif camélia qui évoque une broderie. Il s’articule avec magie autour d’un spectaculaire diamant rond incolore de 10,18 carats d’une fascinante pureté. Le blé porte-bonheur, objet fétiche de Gabrielle Chanel, symbolise quant à lui cette lointaine Russie qu’elle n’a connue que par les récits de ses amis exilés et les romans de Dostoïevski et de Tolstoï.

Raffinement, intelligence et émotion émanent de cette collection que Gabrielle Chanel elle-même n’aurait pas reniée. Ne disait-elle pas : « Les Russes me fascinent » ?

Boucle d’oreilles et collier Aigle Protecteur.

Bague Roubachka.

 

Written on: February 20, 2020